Mon initiation chamanique, partie 1

4 Fév 2025

Aussi loin que je me souvienne, j’ai toujours été attiré par la magie. Depuis mon plus jeune âge, une petite étincelle s’est nichée dans mon jardin secret, dans ce monde imaginaire où je m’amusais à invoquer l’eau, le vent, à me transformer, à créer des boules d’énergie. Pourtant, tout ce qui touchait aux esprits, aux énergies, au monde spirituel et à l’invisible demeurait pour moi un immense mystère.

Un jour, je me suis décidé à aider un chamane lors de cérémonies d’ayahuasca au Chili. Arrivé seul, je savais qu’il aurait besoin de soutien pour encadrer le groupe. Ce fut ainsi mon premier pas vers la découverte du chamanisme, des icaros (chants sacrés) et d’une approche indirecte de l’ayahuasca. Entre appréhension et curiosité, je me tenais aux côtés de mes sœurs et frères de cérémonie, prêt à offrir mon aide.

Deux jours plus tard, le chamane m’a invité à participer à une cérémonie. « Euh… Je ne sais pas, je ne me suis pas préparé… » me suis-je dit. Pourtant, confiant, j’ai accepté ce cadeau de la vie sans trop réfléchir. J’ai alors posé mon intention et fait confiance à la plante en lui murmurant : « Montre-moi, apprends-moi ce dont j’ai besoin. » Rien qu’en y repensant, j’ai senti ma gorge se serrer et mon corps frissonner. Comme on le dit dans le milieu, « C’est le jeu, ma pauvre Lucette ! » Alors, je me suis laissé plonger. Dans le silence général, seuls le crépitement du feu et mes battements de cœur accompagnaient le début de l’expérience.

Que devais-je m’attendre ? J’ai bâillé, encore une fois, lorsque le chamane a entamé son chant. Une douce chaleur s’est fait sentir dans mon ventre… Puis, je me suis laissé porter par le son envoûtant des icaros. Allongé, j’ai soudain aperçu une main qui m’était tendue. Je l’ai saisie et, à cet instant, j’ai senti que je sortais de mon corps. Me voilà alors enlacé dans les bras d’une présence bienveillante, et j’ai ressenti une force indescriptible : une lumière, un amour, une détermination, une confiance, l’infini, l’instant présent, le Tout. L’expérience fut si puissante, si réconfortante, que j’ai aussitôt demandé à cette entité de rester à mes côtés un peu plus longtemps. Sa réponse fut immédiate. Je me suis réveillé de ma transe, les larmes aux yeux, avec à peine le temps de comprendre ce qui venait de se passer. J’avais touché quelque chose de profondément authentique ; en un éclair, j’ai su que ce que je venais de vivre n’était pas simplement une sensation, mais bel et bien une rencontre avec l’essence même de mon être.

Au moment même de mon réveil, le chamane a proposé à certains de reprendre un second verre. Moi, je me suis dit aussitôt : « Oh là non, c’était déjà bien trop intense… Non, non, non ! » Pourtant, une voix intérieure me murmurait : « Do it, do it, do it. » Par audace – voire par culot – j’ai décidé d’écouter cette voix et de replonger.

Je me suis alors retrouvé à nouveau face à cet être du premier voyage. Ensemble, nous avons traversé un tunnel mystérieux. Dans son dos, j’ai aperçu des ailes blanches, et il m’a confié que, maintenant que nous étions réunis, tout devenait possible. Je lui ai demandé son nom… Un acouphène a retenti, et je me suis réveillé brusquement. Quelque chose en moi avait été irrémédiablement transformé.

Ce passage marqua le début de mon initiation. J’avais alors 31 ans. À partir de cet instant, j’ai compris qu’un monde invisible, jusque-là ignoré, existait bel et bien. Sur le moment, j’ignorais encore l’identité de l’entité rencontrée dans mes transes. Avec le temps, j’en suis venu à réaliser qu’il s’agissait de mon âme. Depuis cet instant, le vide que je ressentais en moi avait disparu, comme si, au fond de moi, je pouvais désormais percevoir quelque chose qui comblait ce manque.

C’est ainsi que mon travail avec les plantes sacrées a commencé. Une fois par an, pendant trois ans, j’ai accompagné ce chamane durant une semaine.
J’avais tant d’interrogations… Je voyais combien il était difficile pour mes frères et sœurs de recevoir la plante : les résistances, les hurlements, la tristesse, les vomissements… J’observais tout cela et me demandais pourquoi cela me semblait si facile. Pourquoi étais-je si différent, même dans ce contexte ? Je voyageais, je communiquais avec la plante, comme si je l’avais toujours su.

J’ai continué d’avancer, de grandir et de me reconnecter à cette partie profonde de moi, me laissant guider par la voix de mon cœur. Je me souviens en riant avoir dit à une amie : « Je ne vais pas finir chamane quand même ! » Par le biais de mes lectures, j’avais compris que si je n’étais pas appelé par les esprits, ou par un chamane, ce ne serait pas mon véritable chemin. J’avais un profond respect pour cela, c’était non négociable pour moi.